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Interview : CYMBALS

C’est avec beaucoup de plaisir que l’on est allé a la rencontre de CYMBALS pour leur première scène française ! Avec « Age of Fracture« , les 4 anglais ont sorti une des perles musicales de l’année. Mélange de synth-pop mixant dance music, rock, disco ou glam, l’album développe autant le spleen d’une époque par sa froideur que l’obsession dansante de nuits sans fin. Et une furieuse envie de rester en mode repeat ! C’est juste après leur prestation du Mama Event que nous les avons retrouvé dans les loges de la Cigale. Les garçons sont plutôt joyeux et blagueurs et m’offrent un verre pour discuter un peu au son de leur playlist. Jack et Dan, les principaux compositeurs du groupe abordent les difficultés et exigences de création, leurs multiples influences et laissent entrevoir une culture musicale aussi large qu’old school.

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– Comment vous sentez vous après ce 1er concert parisien ?

Jack Cleverly (chant, guitare) : C’est la 1ere fois et c’est très cool. C’est vrai qu’on a jamais eu l’occasion, mais la c’était le bon moment.

Dan Simons (clavier, chant) : On a eu plus d’opportunités aux Etats-Unis, pas mal à New-York. Mais on est très excités à l’idée de quelques shows en Europe, c’est rafraichissant.

Jack : J’ai vécu en France pendant mon enfance, donc je suis content de revenir. Sur scène, je ne savais pas trop comment faire… quelle langue utiliser… Je me suis vraiment habitué à communiquer en anglais en concert. En fait je lis correctement le français, mais je ne le parle pas si bien que ça.

– Vous ne devriez pas hésiter, le public français sera toujours plus réceptif.
Depuis la sortie de l’album, j’ai l’impression que vous êtes restés plutôt discrets, pourtant c’est l’un des plus beau de l’année, tellement obsessif, qu’on écoute en boucle.

Jack : oh merci, mais c’est pour ça qu’il a été fait ! On a y a vraiment mis des tas de mélodies différentes qui nous plaisaient. On a essayé beaucoup de choses avec le producteur, différentes versions des morceaux en tentant plein de choses. Et a la fin on était assez satisfaits.

– Vous considerez cet opus comme votre véritable 1er album. Vous en avez pourtant sorti 2 autres avant….

Jack : humm si on veut… Le 1er était vraiment une démo. On l’a enregistré avec plein de personnes différentes. C’est la 1ere année ou on a essayé de former un groupe, on apprenait tout juste à écrire des chansons. Dan compose mieux la musique que moi. Au départ, on essayait de simplifier les choses, nos idées. Il n’y avait pas de basse, juste des guitares et une batterie, on était plus en train de se tester.

– Mais je les ai écouté et je ne trouve pas que vous étiez hors-propos ! On y entendait déjà beaucoup vos influences.

Jack : ce sont des albums sympas oui, c’était beaucoup plus punk… On a pas mal changé.

– Et donc vous vous êtes adressé à un nouveau producteur ?

Dan : Oui, c’est le premier disque produit par Dreamtrak (Queen of Heart, Swim Deep…). On est beaucoup plus dance music, ce qu’il a fait sur le son est brillant.

– Comment est-ce que vous avez composé ?

Dan : On fonctionne plus ou moins en 2 temps. Parfois je compose des démos. Parfois Jack écrit des mélodies, surtout à la guitare, parfois au piano, il est très bon pour les textes, pour la structure. Et puis on s’interroge tous dessus, on réécrit, on ajoute des instruments, des textures et on voit quand on a envie de s’arrêter, c’est plutôt fun. Mais ca ne donne jamais de vraies chansons. Ca ressemble plus a d’étranges séquences un peu froides. A partir de ça, on essaie d’en faire quelque chose.

Jack : C’est comme si on amenait des démos. Et on cherche à donner du sens à tout ce désordre. Je me rappelle avoir écris « The End » une nuit. Tu te rappelles Dan, je t’avais envoyé des sons de pluie que j’avais enregistré sur une piste super longue. On a passé une éternité dessus, on aimait le morceau, mais ça n’allait jamais. Et puis un jour on a complètement changé la structure. Ca nous a pris un temps fou.

– Ca semble être un processus complexe du coup…

Dan : Oui, on est assez stricts sur les morceaux. On pense tout le temps à ce qui ne fonctionne pas et à ce qu’on ne peux pas enlever, à ce qui fait le cœur du titre.

Jack : il y a plusieurs méthodes. Par exemple, la 1ere, Winter 98’. Dan a écrit toute une démo au synthé. Je l’ai emmené chez moi, j’ai écris des paroles, rajouté quelques mélodies et on a pris le temps qu’il fallait pour réfléchir dessus avant d’y revenir. Et puis il y a « Erosion » par exemple que j’ai écris pratiquement en entier chez moi.

– Erosion sonne différemment d’ailleurs dans l’album, on pense tout de suite à New Order…

Jack : Haha oui, lorsqu’on l’a enregistré, on s’est dit : « Euh on peut vraiment faire cette chanson ? » Mais c’est vrai New Order a été une grande influence pour nous. Et on était vraiment content de trouver cette combinaison. C’est une chanson qui porte plus d’innocence que les autres.

Une obsession pour Etienne Daho

– Vous citez aussi souvent les Talking Heads dans vos influences.

Jack : Disons que c’était le cas. J’adore ce groupe, mais ça a plus été une grosse influence au niveau des textes. Sur la musique, beaucoup moins aujourd’hui. On est beaucoup plus dance music. Par contre, j’ai une obsession pour Etienne Daho, la production de ses titres sonne tellement bien et ses albums sont incroyables. J’aime bien aussi le groupe Saint-Etienne qui a fait de la musique avec lui.

Dan : On ne pense pas trop en terme d’influences. On a juste un son issu de diverses époques notamment les 90’s.

Jack : C’est vrai qu’on écoute pas mal de son retro quand même. Le groupe Change, dans les années 80 par exemple nous a beaucoup inspiré… en fait on leur a tout piqué haha

Guy Henderson (hilare) : Oui En fait on est un groupe de reprises (Tout le monde se marre)

Jack me passe alors son iPod pour que je fouille sa bibliothèque, j’y découvre des playlists remplies de musiques actuelles, de Future Island à Wild Beats, en passant par The Drums. Il me confie écouter Trust, un groupe synth-pop canadien, ce qui nous vaut un bon quiproquo, moi qui pense évidemment au groupe français de Bernie Bonvoisin… Il me parle aussi de sa passion pour Daniel Darc ou de Koudlam, jeune nom de l’électro hexagonal.

– Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu l’influence du livre de Daniel T. Rodgers, The Age of Fracture, auquel vous empruntez le nom.

Jack : Oui ce livre m’a beaucoup inspiré. Disons que l’idée générale est que beaucoup de gens de ma génération pensent que le monde est trop compliqué, ils sont tous conscients de cela et ça les tire vers l’apathie. Les idées de Rodgers sont issues des pensées de Foucault ou Derrida sur le structuralisme et les facultés humaines. Cela soutiens que nous compliquons beaucoup les choses. Nous ne voyons plus les grands systèmes, les grands courants, nous réduisons tout a de micro-problèmes, et nous avons peur de nous engager, cela nous paralyse. Comme une manière de se cacher dans l’inaction en se convainquant que l’on ne comprendra jamais un problème dans son entièreté. Et en lisant cela, ça m’a sauté aux yeux : « hey mais c’est exactement ce à quoi je pense ! » Et beaucoup de gens autour de moi étaient du même avis. J’en ai pas mal discuté avec Joe Dunthorne, un auteur, pendant la création du disque. Il a écrit des textes à ce propos, il en a fait quelque chose de plus sexy, moins académique et j’ai gardé pas mal de ses idées.

– Donc c’est ce qui a façonné la thématique de l’album, son côté triste ?

Jack : Oui, j’aime bien ce qui est tragique… Mais j’avais quand même écrit des textes avant, comme « Like an Animal » qui date de beaucoup plus tôt. Et puis de manière générale, les paroles sont pour moi un concept, une idée. Mais avec les démos de Dan, j’imagine comment mettre en forme tout ça. Parfois c’est une mélodie qui donne la voie pour chanter certains mots, mais souvent les textes sont déjà la.

– Et ce choix de chanter parfois en français, la ou plein de groupes hexagonaux choisissent justement l’anglais?

Jack : Peut-être pour avoir accès au marché français haha

Dan : D’ailleurs, je vais me mettre au japonais bientôt aussi !

Jack : En fait, c’est surtout que beaucoup de pensées me viennent comme ça. J’écris souvent des idées en français. Je lis aussi beaucoup dans cette langue, c’est ma manière de continuer à la pratiquer. Et du coup, c’est juste une façon bizarre que j’ai de m’exprimer.
Mais ce matin, j’enregistrais des paroles en français justement. Ça devenait vite agressif, un peu crié curieusement… J’écoutais des interviews de Léo Férré ou George Brassens et ils étaient du genre (il imite la grosse voix de Brassens) : « Je n’ai pas de temps à perdre avec quelqu’un qui écoute la musique avant les paroles » Les textes semblent si importants en France, comme une tradition, ça peut effrayer.

– Vous ne faites pas de la musique à plein temps ?

Jack : Non, même s’il serait vraiment cool de pouvoir ne faire que ça. L’année dernière, on a fait comme on pouvait. Mais j’ai la chance d’avoir un job a mi-temps, donc je peux quand même m’occuper du groupe. Cette année, j’aurais plus de temps libre. Cela dit, je me dis que c’est aussi ce rythme qui donne des parfois idées, de l’inspiration. Ça nous oblige à faire des efforts.

Dan : On a trouvé cette façon de fonctionner, on est quand même efficaces comme ça. D’habitude, si on se pose et qu’on essaie de faire une chanson, on a peine le début d’une idée. Alors que parfois, sur la route… Vers New-York, par exemple, on avait un peu de temps, on est allé s’asseoir sur la plage, et on a écrit 2 chansons. On se disait qu’on aurait jamais réussi à faire ça d’une manière classique.

– Est-ce qu’il s’agit de morceaux de l’EP What Eternity qui sort bientôt ?

Jack : non, malheureusement, ces morceaux ne sont pas prêts du tout. Il y en a un que j’aime beaucoup qui s’appelle « Dancing with a Broken Heart » mais il n’est pas prêt. On à pas toujours le choix d’aller en studio quand on le souhaite, On a terminé qu’un seul morceau, mais les autres nécessitent encore pas mal de boulot. Sur Age of Fracture, on a mis tous ceux qu’on avait, aucun n’a été mis de côté.

Dan : Et puis c’est vrai qu’on joue très peu les autres albums sur scène, ou alors peut-être juste « No Bad Decisions ».

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je pense que l’on va faire un nouveau disque l’année prochaine

– C’est quoi la suite pour vous ?

Jack : On a vraiment envie de continuer. Après cette tournée, on rentre à la maison, travailler un peu, et surtout retourner en studio. Je préfère vraiment écrire des chansons, et je pense que l’on va faire un nouveau disque l’année prochaine. On a à peu prés 10 morceaux et on a envie d’y passer un peu de temps. C’est amusant parce que rien ne se passe comme tu le voudrais. Pour moi, c’est inattendu, même si on a réussi à signer un bon contrat d’enregistrement, on continue nos jobs, on a toujours une vie normale. On est en plein dans un compromis, et on fait avec.

– On vous souhaite le meilleur pour New-York, votre prochaine destination alors !

Dan : Oui c’est vraiment cool. On a un très bon feeling là-bas. La dernière fois, j’ai eu des problèmes de visa, et les gars sont partis sans moi. Mais cette fois c’est la bonne !

Remerciements à Pauline de LA MISSION

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