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LE ROCK DANS TOUS SES ETATS (26 et 27/06) – Evreux

De loin, cette 32éme édition du Rock dans tous ses Etats nous faisait un peu peur… Annonces tardives, programmation sans réelle tête d’affiche… On sentait bien qu’il se tramait quelque chose de pas net au royaume normand.
Il suffisait évidemment se rapprocher un peu pour comprendre la situation extrême dans laquelle se trouve le festival. Car si l’édition 2014 a dû laisser quelques trous dans le portefeuille (Interpol, Kasabian ou Massive Attack obligent), les querelles politiques autour de la municipalité et la région ont clairement porté un coup indélébile aux structures et associations indépendantes régissant le festival.

Entre les retards d’ouverture d’une SMAC (encore une…), la saison blanche de l’Abordage, les baisses drastiques de subvention, l’avenir du festival est clairement remis en cause. Nous n’avons malheureusement pas pu être présent à la conférence organisée le samedi pour débattre de l’avenir du festival, nous n’en tirerons donc pas de conclusion hâtives et il n’est pas question pour nous de discuter politique, mais il semblait essentiel de pointer du doigt les problèmes de fond que rencontrent des rendez-vous culturels établis depuis si longtemps.

Car depuis de nombreuses années, le RDTSE nous donne à voir des artistes que l’on aime, autant qu’à nous faire découvrir de nouveaux talents à travers une programmation variée et pointue dont l’approche commerciale nous a toujours paru faible au regard de beaucoup de festivals opportunistes. Il n’était donc pas question de bouder le festival, mais plutôt de lui faire honneur à nouveau le temps d’un week-end, en espérant que les pouvoirs en place ne saborderont pas eux-mêmes un rendez-vous qui dure depuis plus de 30 ans. Si l’édition de cette année s’est vu réduite dans son espace et sa capacité (2 scènes au lieu 3, moins de partenariats, moins d’artistes), sa programmation a quand même su s’adapter aux événements.

11540840_10153414717527346_8222945279105935709_n(photo © RDTSE)  

J-1

On arrive donc le cœur gros sur le site de l’Hippodrome de Navarre pour profiter en cette fin de journée ensoleillée de la pop non moins lumineuse d’Aloha Orchestra. Si la tache d’ouvrir un festival peut se révéler ardue, cela ne semble pas poser de problèmes au groupe havrais en pleine montée. La formule n’est certes pas nouvelle et on attendra d’eux un peu plus de personnalité mais l’énergie déployée par leur synth-pop aux décharges mélodiques donne irrémédiablement la pèche ! Le groupe confirme ainsi tout le bien que l’on pensait déjà d’eux après avoir croisé leur route précédemment.

Aloha Orchestra 01

Pas vraiment le temps de souffler puisqu’on a rendez-vous tout de suite après avec nos 4 branleurs californiens préfèrés : FIDLAR. Comme on l’attendait, les garçons déroulent leur punk rock avec tout le je m’en-foutisme et l’insolence qui leur convient. Ça joue vite, simple, ils vont à l’essentiel et déconnent entre chaque titre. Tout au plus on s’attendait à un peu de folie… On les voyait déjà sauter partout mais ils font plutôt mine de s’endormir derrière le micro (comédiens dans l’âme !) sur les passages les plus calmes. Cela dit on ne restera pas sur notre faim pour autant car la recette désinvolte de Fidlar est toujours aussi efficace !

FIDLAR 01

FIDLAR 04

Viens le cas RICH AUCOIN, auquel on décernera sans hésiter la palme d’entertainer du festival (oublions la venue de Salut C’est Cool qui rameute les kids. En dehors de la blague potache, on ne comprend toujours pas…). Le showman canadien possède une galerie de titres qui sont autant d’hymnes furieuses et acidulées prêtes a faire danser n’importe qui. Cela dit, la sauce musicale ne prend pas à tous les titres, un peu trop hystériques et bordéliques. En revanche, au niveau du divertissement, il n’y a rien à redire, ou plutôt il y a trop à dire ! Car si le canadien reste derrière sa platine le temps d’un 1er titre, on ne le reverra par la suite presque plus sur scène mais plutôt au milieu de la foule. Le mec possède une énergie complètement folle, saute partout, gueule comme pas possible dans son micro, fait chanter des paroles bizarres au public, slamme à tout va, se paye des bains de foule qui feraient jaunir plus d’une équipe de sécu… On n’avait pas vu une telle folie et une telle joie sur scène depuis longtemps, et pour peu que le gamin en chacun de nous soit encore présent, il est bien difficile de ne pas se laisser entraîner !

Rich Aucoin 03

Rich Aucoin 04

La suite de la programmation nous intéressant moins, on prend le temps de faire une pause et de se ravitailler un peu en prévision du reste.
Sur la scène B, un imposant dispositif de lumière s’est installé alors que la nuit tombe. Il y a fort a parier que le concert qui va suivre nous en mettra plein les mirettes… Evidemment, c’est le groupe français EZ3KIEL, de retour 6 ans après leur dernier album, qui s’apprête à nous offrir le show de la soirée ! La fumée s’épaissit, des grondements font monter la tension, 3 ombres prennent place sur scène et la musique démarre tel un orage qui s’annonce. Ez3kiel aimant assez changer ses habitudes, le set auquel nous assistons est ainsi fortement marqué du sceau de l’album LUX sorti il y a quelques mois. Rythmiques sans faille, basse surpuissante, les musiciens font preuve d’une parfaite maîtrise avec ce rock industriel impressionnant, glissant vers le post-rock ou le trip-hop. Et la mise en lumière concoctée pour la tournée est proprement captivante, nous permettant d’apprécier à sa juste valeur l’univers sombre et tourmenté du groupe. 1h de set ciselé, sans temps morts, au bout duquel le guitariste prendra le micro pour remercier le public. Instant presque surprenant où l’entité montre sa face humaine après un concert qui avait pourtant tout de surnaturel.

Ez3kiel 01

Ez3kiel 02

Ez3kiel 05

Alors qu’on est encore un peu perché, Yelle prend le relais sur la seconde scène. Pas plus amateur que ça de la demoiselle, on s’approche quand même par curiosité. Et on admettra au moins que le show calibré de la bretonne est efficace. Sautant partout comme une gamine, ses titres power pop electro égayent une bonne partie du public. On s ‘éclipsera quand même en milieu de concert, il était temps pour nous de clore cette première journée normande des plus agréable.

Yelle 01
J-2

Retour à Evreux pour la seconde journée du festival. Le soleil tape encore plus que la veille, on va garder le stand de bières boissons bien en vue !

On arrive pile sur le set de You Said Strange, formation locale déjà auteur d’un très bon EP naviguant dans les eaux indie et psyché. Il y a quelque chose de très beau et maîtrisé dans les compositions lunaires de ces garçons (pas évident avec le soleil qui les tape de plein fouet…). Les morceaux s’épanouissent dans une certaine langueur, laissant les mélodies s’envoler pour mieux nous faire planer. Attendez vous à ce que l’on reparle très vite de ces normands !

You said Strange 02

Peu-après , c’est H-BURNS qui va faire son apparition, mais on est obligé de louper le début du set, on ne voudrait quand même pas faire patienter les gars de METZ qui nous ont accordé quelques minutes cet après-midi (interview prochainement sur le site).
L’entretien terminé, retour sur le site pour retrouver au plus vite les français de H-Burns, de retour il y a quelques mois avec le très réussi Off the Map. Gardien hexagonal d’un certain folk-rock à l’américaine, Renaud Brustlein a parfaitement digéré l’héritage d’un Springsteen, de Pavement, voire de The War on Drugs. Ses ballades atmosphériques et inspirées sont un appel aux grands espaces et à la mélancolie de l’americana. Du coup, on savoure l’instant assis dans l’herbe, bercé par ces mélodies entêtantes et cette voix qui nous raconte milles histoires.

H-Burns 03

Plus tard, c’est au tour de Kid Francescoli de monter sur scène. Le marseillais apparaît le regard sérieux sur le début mais son sourire revient vite au contact de sa chanteuse Julia Minkin dont la douceur enchante le public. Sa pop légère et planante emballe tranquillement la foule pour un joli moment. Mais on doit avouer que sur la longueur, l’ennui pointe le bout de son nez. Tant pis, on file se restaurer et on zappe St Paul & the Broken Bones.

Kid Francescoli 01

Car il nous fallait des forces pour la suite ! Le trio canadien METZ prend d’assaut la scène pour le set le plus impressionnant du festival. Alex Hedkins, le chanteur, nous l’avait confié plus tôt, il tient à ce que les lives restent une expérience différente de l’écoute des albums. Car METZ, ca n’est pas un concert, c’est une baston générale, ce ne sont pas des chansons, ce sont des uppercuts dont on ressort cabossé, ce ne sont pas des riffs, c’est de la fureur dans les cordes. Hedkins se sent d’ailleurs soudain obligé de rappeler au public que le circle pit, c’est bien, mais sans se blesser, c’est mieux. En 45 minutes, les canadiens ont soufflé leur grunge rock avec toute la colère à laquelle ils nous avaient déjà habitué. Le jeu sans temps morts du trio, les titres les plus déchaînés ne laissent aucun répit, la puissance du set nous a retourné. Et vous savez quoi… on y reviendra chaque fois !

Metz 01

Metz 03

Après ça, il faudra rapidement se remettre sur pied… car on enchaîne direct avec JON SPENCER BLUES EXPLOSION ! Le concert démarre pourtant un peu mollement, mais ne pensons pas pour autant que ceux qui font presque figure d’anciens aujourd’hui n’ont plus la forme, bien au contraire ! Avec un nouvel album sorti il y a peu, les new-yorkais continuent leur exploration sans fin du rock n’roll. Blues crasseux, rock garage, punk avant-gardiste, Spencer profère ses « Blues Explosion » dans le micro entre chaque titre et repart de plus belle à chaque fois. Les titres sont courts, joués rapidement, mais pas moins explosifs ou violents et même beaucoup plus fins qu’on ne le croit. Petit bémol sur la durée rallongée du concert (tête d’affiche oblige), le set nous a semblé un peu long sur la fin, mais ne rechignons pas sur la générosité d’un groupe toujours aussi excitant après 25 ans de carrière. C’est assez rare pour le noter.

Jon Spencer 03

Jon Spencer 01

Après toute cette salve rock n’roll, il nous fallait bien redescendre un peu, mais la programmation n’en fait qu’à sa tête. C’est avec Thylacine que ça continue derrière les platines. Enfin pas que… car le français joue aussi bien de sa boite à rythme autour du cou que du saxophone. Sa prestation est tout ce qu’il y a de plus rafraîchissante. Entre electronica planante et beats puissants taillés pour la danse, le petit nouveau impressionne autant par son évidente maîtrise stylistique que par ses compositions aériennes et percutantes. Bonus pour les projections visuelles du concert assez ensorcelantes ! Dommage qu’un problème technique soit venu entacher son set si bien commencé, on aura donc eu une pause d’un bon quart d’heure avant de retrouver à nouveau du son. Pas bégueule, Thylacine nous aura pondu un solo de saxo pour nous faire patienter, avant de revenir in fine nous faire bouger une dernière fois.

Thylacine 02

Thylacine 01

On approche de la fin avec le duo timbré THE INSPECTOR CLUZO. Entrés sur scène comme lors d’un meeting politique, saluts officiels, le combo guitare/batterie sait y faire avec le public, que ce soit pour pondre une reprise inspirée de Curtis Mayfield, mélanger métal et funk dans des titres particulièrement explosifs, envoyer chier la municipalité sur le financement du festival ou démonter pièce par pièce la batterie au fil des titres et finir le concert comme un grand bordel communicatif. C’était pour le coup la très bonne idée de cette fin de festival !

Inspector Cluzo 01

Inspector Cluzo 04
Malgré tous les problèmes qu’a pu subir le festival cette année, son édition « réduite » était loin de démériter ! Certes, les gros noms sont allés voir d’autres contrées (le tape à l’œil Beauregard pas bien loin et sa prog assez incohérente pour ne citer que lui), mais la fête ébroïcienne a tenu le coup avec le niveau d’exigence qu’on lui connaît. A l’heure ou les tourneurs finissent par organiser leurs propres festivals, ou les rassemblements portent à présent le nom de marques de mode ou d’opérateurs téléphoniques, le Rock dans tous ses Etats nous apparaît (avec quelques autres) comme l’un des rare festival à défendre une vision des musiques contemporaines, un modèle d’organisation qui devra néanmoins trouver comment se réinventer au milieu d’une industrie en perpétuelle mutation.

Possible clap de fin après cette 32éme itération du Rock dans tous ses Etats. On ose à peine y croire… en fait on est plutôt persuadé qu’on sera de retour l’année prochaine !

Remerciements au Rock Dans Tous Ses Etats
Report et photos © Bastien Amelot pour STBC

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