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Interview : GIRL BAND

Victimes des impératifs de timing quelques heures à peine avant leur concert sur la scène des Remparts, Adam Faulkner (batterie) et Daniel Fox (basse) sont retenus à quelques mètres, tandis que Dara Kiely (chant) et Alan Duggan (guitare) me reçoivent à l’abri d’une pluie lourde qui s’abat sur la Route du Rock en ce vendredi. Nous sommes confortablement installés dans de grands fauteuils en cuir, et Dara et Alan, gobelet de pinard à la main, me taxent une roulée menthol qu’ils trouvent exotique, et mon briquet rose.

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Salut les gars, ça roule ? Contents de passer par la Bretagne ?

Dara : Oui tu sais, on n’est pas vraiment en tournée. Cela dit on s’est levés ce matin à 5 heures, après un super concert hier à Londres, et on a trimballé nos affaires… On est un peu dans le jus mais on tient une sacrée forme. Et puis ce qui ne gâche rien, on doit dire qu’on est très bien reçus ici ! Vin, fromage… On adore, on aimerait que tous les concerts se passent comme ça !

Votre nom, Girl Band, considérant l’énergie et la testostérone que vous dégagez, c’est de la pure provocation ? Ou bien vous avez juste vos humeurs et vous boudez comme des gonzesses ?!

Alan & Dara : Ah ah, est-ce qu’on est des filles ? Non pas vraiment !

Alan : Cela dit en fait tu as raison. Daniel, notre bassiste, est une fille en réalité (rires) ! On aime bien le persécuter un peu !

Dara : À l’origine c’était un simple surnom qui nous a fait marrer, mais il nous a fallu un vrai nom de groupe et les choses s’enchainant, c’est resté. On est à l’aise avec ça, aucune provoc’ vraiment.

Allez, même pas un brin d’ironie ? Ambiance « Essayer de nous trouver avec Google, tiens » ?

Alan : On ne s’est jamais posé la question…

Dara : Sérieusement ? Tu trouves qu’on est mal référencés ? J’ai l’impression qu’on a une couverture médiatique assez impressionnante en fait ! On ne s’est pas posé la question du regard extérieur, c’était vraiment une vanne pour moi au départ.

A discuter avec vous, vous semblez vraiment de charmants garçons. Mais votre écriture, votre musique paraissent assez crades voire carrément glauques. C’est d’ailleurs connecté avec vos artworks et jusque dans vos clips, c’est une facette qui vous tient à cœur ?

Dara : Ah on est charmants ?! Merci c’est gentil ! Pour tenter de te répondre, c’est un peu bateau mais on ne se pose vraiment pas de question sur notre apparence à nous, tout est assez naturel dans les process d’écriture, sur scène… Cela étant, notre attitude vis-à-vis des artworks est assez claire : ils ressemblent à ce que nous aimerions voir et avoir en tant que fans de groupes ou d’artistes. On aime beaucoup le côté artisanal, le collector original, et on essaie de transmettre ça.

Des vinyles mous et des pochettes en bois

Oui, votre dernier single à date, « Paul » est sorti limité à 1 000 copies vernies, la typo est transparente sur fond blanc, il faut limite qu’il soit dégueulassé pour qu’on puisse lire le titre !

Alan : Oui, on aime bien ! Pour le coup le vernis blanc contraste bien avec la teneur cradingue du vinyle, l’esthétique du support physique est très importante pour nous. On a aussi sorti des vinyles mous ou des pochettes en bois, tout ça nous éclate.

Je vous ai déjà vus en live, je dois dire que votre interprétation à tous les quatre est assez viscérale, c’est impressionnant et au final très beau à voir. On dirait que vous êtes dans un état second, au bord de la rupture émotionnelle. Votre musique vous transporte ?

Dara : En fait oui. Impossible de calculer cela, lorsqu’on joue entre nous, ou sur scène… Je peux pas parler au nom de tous, mais tu sais, j’écris les paroles en prenant des notes graduellement sur mon téléphone, c’est un peu brouillon. Ensuite les idées se rassemblent et prennent un certain sens pour moi ; on reconstitue les morceaux en répèt’, des idées surviennent au fur et à mesure… Mais tout ce processus n’est en rien connecté ou partagé avec ma vie de tous les jours ; on est tout à fait normaux, je veux dire, cette énergie et ce transport comme tu dis, c’est un peu un équilibre qui se crée en contrebalancement avec le quotidien. Un trip cathartique en quelque sorte. Surtout quand nos morceaux se retrouvent confrontés à un public réactif, qui gueule, qui sourit : le chaos et le stress prennent tout leur sens.

Alan : Il y a un vrai équilibre oui ! Comme tu disais on est plutôt charmants de nature, des mecs polis, alors que la musique est bien vénère (il me fait un « GRRR! »), et c’est ce qui est le plus chouette dans la musique pour nous, cette liberté et ce déni absolu de la frustration…

Dara : Voilà : pouvoir se lâcher et rentrer dedans, libérer les énergies…

Alan : … Et en même temps quand on sort de scène on est plutôt sereins, on a juste envie de traîner boire des bières, puis dormir gentiment… (rires) C’est un bel équilibre !

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Votre premier LP autoproduit, qui sort le 25 septembre chez Rough Trade, s’intitule « Holding Hands With Jamie ». On peut décrypter ce titre ? Dites-m’en plus sur Jamie ?

Dara : Oui (sourire) : c’est un saint.

Alan : Ça fait référence à notre très bon pote depuis l’école, Jamie Hyland : techniquement c’est un peu le cinquième membre du groupe ! Il est présent à nos répèt’, il fait l’ingé son à nos enregistrements, et il a toujours une idée géniale ou un conseil brillant à nous donner… Il est une influence majeure pour Girl Band depuis 4 ans.

Dara : C’est le genre de gars un peu timide, en tout cas avec les gens qu’il ne connaît pas, alors ça nous fait bien marrer de mettre son nom en gros sur une pochette d’album pour une sortie internationale !! C’est sa maman qui va être fière ! (rires)

Avec un titre pareil pour un premier LP, vous allez avoir du mal à trouver les prochains titres d’album pour rivaliser, ça ne vous effraie pas ?!

Dara : Ouh la non, on va bien trouver t’inquiète !

Alan : On a quelques idées bien arrêtées. « Girl Band : The Musical », « #punkrock », « Fuck the world, sex is cool »…

Dara : Oui nickel ! Parfait !

Vous êtes pas bien vieux, est-ce que vous bossez à côté de Girl Band, ou vous poursuivez vos études ?

Alan : Alors moi je bosse dans un restau. Adam travaille avec son père en ce moment, Daniel bosse dans un studio d’enregistrement. Et Dara, non ben, il est juste beau gosse. C’est à peu près tout ce qu’il sait faire en dehors de Girl Band !

Dara : C’est vrai ! J’ai voulu postuler à un job y’a pas longtemps, le mec a fini par me dire qu’il me trouvait bon à rien. Je sais pas trop comment je dois prendre ça, tu m’engagerais toi ?

Oui, carrément ! Tu m’as l’air plein de bon sens, tu pourrais devenir mon stagiaire pour Spin The Black Circle ?

Dara : Ah ah stagiaire ! Excellente idée, stagiaire dans un bureau, c’est toujours un début ! Laisse-moi réfléchir OK ?!

Plus jeune on voyait des groupes jouer en salle ou en festival, ils traînaient après et on trouvait cette vie tellement cool

En attendant, y a-t-il un festival ou une salle dans le cadre desquels vous aimeriez particulièrement jouer ? Chez vous à Dublin ou bien ailleurs dans le monde ?

Dara : On aime bien les festivals en effet. Tiens l’an dernier on a joué au festival SOY à Nantes, on en garde un excellent souvenir. Comme je te disais, on est toujours très bien reçu en France, le public a été super réactif, et ne serait-ce que l’accueil avec le vin et le fromage ! Sérieusement, c’est vraiment une chance pour nous de pouvoir se permettre de tourner, on ressent beaucoup de gratitude. Plus jeune on voyait des groupes jouer en salle ou en festival, ils traînaient après et on trouvait cette vie tellement cool !

Dara & Alan : Sinon à Dublin, pour te répondre, on aimerait jouer à Vicar Street, ce serait génial…

Alan : D’une manière générale on aime les salles pas trop grandes, les ambiances contenues, bizarres, un château, une ferme…

Vous avez vu un concert ou un groupe intéressant récemment ?

Alan & Dara : Euh… Attends oui, certainement… (Ils cherchent)

Dara : Je sais plus… Ah si ! Guerilla Toss ; c’est extraordinaire, ça sonne un peu comme du bon vieux Red Hot Chili Peppers, ce côté funky indescriptible, sur scène ça envoie ! On a vraiment aimé.

Alan : Prong aussi c’est énorme, ils sont sympas en plus…

Dara : Sinon, on ne les a malheureusement jamais vus mais a failli jouer avec les Amazing Snakeheads, il en était question entre nos agents avant que le groupe ne se sépare. Le deal n’était pas conclu, mais c’est vraiment dommage, on n’a entendu que du bien sur leurs concerts.

Alan : Et puis il y a ce mec, un irlandais, Paddy Hanna : il a une présence dingue et une voix étonnante, lui aussi c’est un mec charmant.

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Quelques heures plus tard, les quatre garçons, dans le vent et la pluie, ont assuré un set incroyable de rage et d’énergie devant une audience proprement déchaînée, confirmant tout le bien que nous pensons d’eux.

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« Holding Hands With Jamie » (Rough Trade), disponible depuis le 25 septembre 2015.

En concert à Paris à La Boule Noire le 12 novembre 2015 (festival Les inRocKs Philips) et en tournée en France

Lire le live report de la Route du Rock 2015 : ici

Interview par © erisxnyx pour STBC
Remerciements à la Route du Rock

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