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Interview : HINDS

Los Wallas, Furguson, Beach Beach … une déferlante de groupes rocks, vifs, du shoegaze au psychédélisme envahissent l’Espagne. Parmi cette scène bourgeonnante, HINDS sort du lot avec talent et singularité. Insouciance et vivacité, un petit côté DIY lo-fi allié à une énergie solaire, ce groupe de quatre jeunes femmes explose. Anciennement Deers – elles sont contraintes à changer de nom parce qu’un autre le portait déjà – Carlotta et Ana, amies de longue date, accompagnées d’Amber à la batterie et Ade à la basse, déchaînent les foules lors de leurs nombreuses tournées à l’international. Elles distillent sur scène une fraîcheur et un dynamisme qui ont peu à peu construit leur solide réputation. Après une première cassette produite par Burger Records l’été dernier,  HINDS sort ce mois-ci leur LP, Leave Me Alone, chez Lucky Number. Rencontre.

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Si vous deviez définir votre groupe en trois mots, ce serait lesquels ?

Carlotta : Bières, amour et rock’n’roll (rires)

De quoi êtes vous les plus fières ?

Carlotta : Définitivement notre premier album! C’était le but final de tout ce que nous avons fait cette année et demie passée. Nous avons maintenant un album qui nous définit, qui regroupe tout ce que nous avons voulu faire. Nous avons aussi eu des supers critiques. Ça ne nous dérangerait pas que les gens ne l’aiment pas mais c’est quand même spécial de partager nos goûts avec le reste du monde.

Ana : Je ne savais même pas si moi-même je l’aimerais. Je pense que notre musique est bizarre, tu ne peux pas l’ignorer ou l’oublier. Il n’y a pas d’indifférence possible.

Pourquoi parler d’amour ?

Carlotta : Parce que l’amour c’est cette chose qui te fais ressentir énormément de sentiments différents, c’est comme une petite bombe qui explose et te fais sentir honteux, timide, triste, heureux, libre, accompli, qui te donne envie d’être une meilleure personne, qui te donne envie de faire de l’autre une meilleure personne. Nous n’évoquons pas tout le temps le même amour. On parle de l’amour comme une sorte d’origine. Toutes nos chansons ne sont d’ailleurs pas sur l’amour mais nous voulions une unité à l’album : ce que l’amour peut apporter.

Ana : Conclusion : « leave me alone”… (rires) Nous n’avons jamais pensé “nous somme les Hinds et on va parler d’amour”. On pourrait parler de tout et n’importe quoi mais on a ressenti l’envie de parler d’amour. Peut-être que ça va changer dans le futur, peut-être pas.

Qu’en est-il des rencontres amoureuses en ce moment, qu’en pensez-vous ?

Carlotta : Quand on y pense nos grand-mères se mariaient à 22 ans ou quelque chose comme ça… On est plus libre de ce que l’on veut faire de notre vie amoureuse, donc je pense que cette liberté nous rend plus instable. Personne ne te dis « tu vas te marier avec ce mec » donc d’un coup si tu as l’impression de ne plus l’aimer, tu n’as aucune obligation d’y réfléchir, de chercher des solutions ou t’accrocher et c’est fini, point. La vie va très vite, on ne pense pas vraiment au futur.

Ana : N’en parlons pas sinon ça va me déprimer.

Ade : Rien que la manière dont tu parles avec ton mec maintenant a totalement évolué avec whatsapp et compagnie. Tu peux même t’engueuler avec lui sur ton téléphone ou ton ordinateur au lieu que ce soit en face à face. Ça a vraiment changé beaucoup de choses je pense.

Pourquoi chanter en anglais alors que vous avouez ramer dans cette langue ?

Carlotta : On préfère le processus en Anglais. On parle de tout en espagnol, comme les images que l’on veut décrire, ce que l’on ressent, et après on traduit ça en anglais. On essaye de le faire de la plus belle manière, enfin pour nous. C’est vrai que parfois on se perd dans la traduction, il y a des expressions en espagnol qui ne se traduisent pas vraiment. Mais ce n’était pas une décision dès le départ, c’est juste venu comme ça.

Je sais que vous aimez Mujeres et les Parrots mais y a-t-il d’autres groupes qui vous inspirent particulièrement dans la scène rock espagnole ?

Ana : Los Nastys, inspirants jusqu’au bout !

Carlotta : Oui de l’écriture à la performance. On est amis avec eux, ils sont géniaux.

Apparemment vous êtes très proches de Parrots, ils ont même produit votre album, pouvez-vous me parler de cette collaboration ?

Carlotta : Nous les avons rencontré en 2009. En même temps que Los Nastys d’ailleurs.

Ana : Je me souviens de cette soirée on était dans un bar. Je me rappelle bien de Diego et Larry. Nous utilisions des blackberrys à l’époque et on avait échangé notre pin. J’étais tellement emballée ! ça n’a pas tout de suite été nos meilleurs amis, ça s’est passé graduellement comme toute relation naissante. On s’est retrouvés à pas mal de soirées et concerts grâce à des amis en communs. On a beaucoup d’intérêts similaires et surtout on admire leur côté geeks de la musique. C’est des vrai freaks, ils sont du genre à regarder qu’un tel a produit tel album, que son frère a monté un label, que l’un des membres du groupe a crée un autre groupe etc. Ils cherchent vraiment et s’y connaissent plus que nous parce qu’ils ont monté leur groupe bien avant nous. La manière dont ils jouent est inspirante, ils font toujours beaucoup d’efforts alors que faire de son mieux n’est pas quelque chose d’évident pour de nombreux musiciens. Je me souviens qu’Alex nous avait dit à notre tout premier concert où l’on a joué à deux avec Carlotta qu’il fallait qu’on prenne confiance et qu’on se bouge! On avait eu des problèmes parce qu’on devait jouer en acoustique mais finalement on voulait changer pour de l’électrique, on ne savait pas trop quoi faire et il nous a encouragé à parler et agir, ne pas être passives parce que personne n’allait nous donner ce que l’on voulait gratuitement. Il nous a appris à ne pas avoir honte et être entreprenante.

Être des femmes vous a-t-il posé problème, à un moment donné, dans l’industrie de la musique ?

Carlotta : Nous avons eu des problèmes reliés à notre genre mais pas dans l’industrie. Notre label et notre manager ne nous ont jamais traitées différemment parce que nous sommes des femmes. C’est plus partout ailleurs. Surtout dans la rue, quand on se balade. Je me souviendrais toujours de lorsque j’avais 14 ans, c’était le mois de Juin, je portais une mini-jupe et j’attendais le bus. En l’espace de quelques minutes près de 5 voitures m’ont klaxonnées. Depuis je ne porte plus trop de jupe.

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Avez-vous un modèle féminin particulier qui vous inspire ?

Carlotta : Je dirais ma mère… Mais je ne sais pas si ça compte. Elle a eu une vie très intéressante et elle a toujours été très indépendante. Elle a vraiment beaucoup de courage et en même temps je pense qu’elle est très simple. Elle a le plus grand coeur qui puisse exister. Si il y avait plus de gens comme elle dans le monde, ce serait un meilleur endroit. Quand je me sens perdue je pense à ce qu’elle ferait à ma place.

Ana : Pour être honnête je pense ne pas en avoir. J’admire beaucoup de traits de caractère chez Amber, Carlotta et Ade mais je n’ai pas une personne qui réunit tout ce qui m’inspire. J’aimerais bien cela dit… Je cherche toujours.

Amber : Je pense que ce serait MØ, c’est une chanteuse danoise. Elle me fait sentir bien. J’adore la manière dont elle fait les choses.

Ana : Oui c’est une super fille, nous l’avons rencontré quelques fois parce qu’elle tourne beaucoup. Elle se donne entièrement tous les soirs et danse merveilleusement bien. C’est vraiment une guerrière. Je me sens aussi connectée à elle, même si je ne la connais pas vraiment bien.

Carlotta : Oui elle est solide, c’est une dure à cuire.

Ana: Elle est tellement belle, je pense qu’elle fait de ce monde un meilleur endroit aussi.

Ade: Je vais dire ma mère aussi. Je n’ai jamais eu une très bonne relation avec elle mais récemment j’ai découvert une nouvelle facette. Elle est devenue une personne à part entière que j’ai appris à voir sous un autre jour et à connaître mieux. Maintenant quand j’ai un soucis elle est la première personne que je veux appeler pour qu’elle me conseille sur ce qu’elle ferait à ma place, pas mes amies ni mon copain. Elle a toujours raison.

En ce moment ça s’enchaîne pour vous ! Pitchfork, New York, vous avez joué avec les Black Lips, les Libertines, les Vaccines… Est-ce que vous avez eu peur à un moment ?

Carlotta : Nous avons eu un peu peur, mais pas vraiment dans le sens “on n’a pas envie que ça se passe” mais plus “Attend, quoi?! Il se passe quoi là??”.

Ana : L’enregistrement de l’album était assez flippant. Le reste c’est plus de l’excitation que de la peur.

Carlotta : Oui, nous n’avons pas eu de crises de panique ou autre mais nous avons eu pas mal d’appréhension. Nous sommes très contentes de tout ce qui s’est passé et essayons juste d’apprécier cette chance autant que nous le pouvons.

Ana : Et surtout nous ne faisons jamais rien que nous ne voulons pas faire. Par contre quand nous avons investi le studio on s’est senties un peu noyées parce qu’ on était déjà très fatiguées par la tournée. On a eu à se battre, c’était un très gros enjeu pour nous. On avait peur de rater, c’était stressant et des journées très dures. Il y a des jours où on se sent mal, comme tout le monde.

Ecrire un autre album et continuer à rocker !

Qu’est-ce qui va se passer pour vous maintenant ?

Carlotta : Nous allons entamer une tournée, puis encore une autre tournée, aller au Japon, retourner en Australie et on espère bien écrire un autre album et continuer à rocker!

D’ailleurs vous faîtes comment pour écrire vos chansons ?

Carlotta : On a pas tout le temps l’esprit alerte mais nous sommes de très bonnes observatrices. On parle vraiment beaucoup d’idées ou d’impressions pendant un moment et on en reparle plus tard, et on en re-reparle, puis on les garde dans un côté de notre tête. On le ressent juste et si c’est assez fort on en discutera puis on l’écrira avant de le retranscrire en une chanson…

Merci les filles!

Retrouvez les Hinds au Badaboum le 29 Février, avec Public Access T.V en première partie, dans le cadre du festival Fireworks/A Nous Paris.

Interview réalisée par Chayma Mehenna pour STBC
Remerciements à Melissa-PR

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